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La monnaie européenne face à la livre a montré une dynamique haussière tout au long du mois de février, passant de 0,8611 à 0,8788 (son plus haut de la semaine dernière). Cependant, cette semaine, la paire croisée a effectué un revirement complet et a reculé de près de 100 points.
La hausse précédente de l’EUR/GBP paraissait tout à fait logique et justifiée. La Banque centrale européenne avait adopté une position « modérément hawkish », privilégiant une approche attentiste, tandis que la Bank of England avait nettement adouci son ton, laissant entrevoir une prochaine baisse des taux.
Les rapports macroéconomiques contribuent également à la formation de la tendance haussière sur EUR/GBP. Le marché du travail britannique se refroidit progressivement et l’inflation ralentit. De plus, la croissance économique au Royaume-Uni décélère elle aussi. Au quatrième trimestre de l’année dernière, le taux de croissance annuel du PIB est tombé à 1,0 %, et le taux de croissance mensuel s’est affaibli à 0,1 % en décembre. Parmi les principales raisons figurent la faiblesse de l’activité dans le secteur des services, la baisse de l’investissement des entreprises et des conditions budgétaires restrictives, ce qui conduit à une prévision de croissance de seulement 1 % pour l’année en cours.
Dans le même temps, l’inflation dans la zone euro fait preuve d’une certaine résistance. Par exemple, le rapport sur la progression de l’IPC publié mardi a surpris les investisseurs par sa « teinte verte » : toutes les composantes du rapport ont dépassé les prévisions. Il s’agit d’un signal fondamental important, qui sera particulièrement pertinent lorsque le conflit au Moyen-Orient prendra fin et que les traders reviendront aux facteurs fondamentaux « classiques ».
Selon les données, l’indice global des prix à la consommation dans la zone euro a augmenté à 1,9 % sur un an en février, après une forte baisse à 1,7 % le mois précédent (son plus bas niveau depuis septembre 2024). L’indice reculait depuis deux mois, mais il a accéléré en février, alors que la plupart des analystes étaient convaincus qu’il resterait au niveau de janvier.
L’IPC de base, qui exclut les prix de l’énergie et de l’alimentation, s’inscrivait lui aussi en zone positive : au lieu de la stagnation attendue à 2,2 % sur un an (le niveau le plus bas depuis octobre 2021), il est passé à 2,4 %.
La contribution la plus importante à la hausse de l’inflation est venue des services : cette composante du rapport est restée au‑dessus du seuil de 3 % (3,4 % sur un an). De manière générale, il s’agit de la principale source de pression sur l’IPC global. Les produits alimentaires, les boissons alcoolisées et le tabac ont eux aussi joué un rôle, avec une progression de +2,6 %. En outre, la hausse des prix des biens industriels hors énergie s’est accélérée à 0,7 % sur un an, après une augmentation de 0,4 % le mois précédent.
Dans le même temps, à la différence des autres catégories, la composante énergétique est restée en zone négative. Il est toutefois important de rappeler que l’indice de février a été établi avant les événements dramatiques au Moyen‑Orient : les chiffres de mars refléteront vraisemblablement les turbulences géopolitiques.
Le rapport publié mardi indique que la Banque centrale européenne continuera d’adopter une position attentiste — même si le conflit au Moyen‑Orient se résolvait « demain » et que les prix du gaz et du pétrole revenaient à leurs niveaux « d’avant‑guerre ».
La divergence entre les politiques monétaires de la BCE et de la BoE a soutenu la paire EUR/GBP tout au long du mois de février, mais ce facteur fondamental a désormais cessé de « fonctionner ».
Dans le contexte de la paire EUR/GBP, le marché a interprété les récents événements au Moyen‑Orient de façon assez tranchée — non pas en faveur de l’euro, mais en faveur de la livre.
Premièrement, les traders se sont concentrés sur l’effet inflationniste. On s’attend à ce que la hausse inévitable des prix de l’énergie contraigne la BoE à maintenir sa pause, malgré la faiblesse de la croissance économique et les tendances négatives sur le marché du travail. La probabilité d’une baisse de taux de la BoE lors de la réunion de mars a fortement diminué : avant les événements au Moyen‑Orient, cette probabilité était d’environ 80 %, mais elle n’est plus que de 30 %.
Deuxièmement, les marchés se sont forgé la conviction que l’économie de la zone euro est plus fragile face aux difficultés énergétiques. Les experts interrogés par Bloomberg ont presque unanimement affirmé que l’Europe s’exposerait à une crise économique si la guerre au Moyen‑Orient se prolongeait au‑delà d’un mois. Selon eux, l’UE est « la grande économie la plus vulnérable aux conséquences de la guerre avec l’Iran » en raison de sa dépendance aux approvisionnements en pétrole et en gaz en provenance des pays du Moyen‑Orient. Une guerre prolongée maintiendrait des prix élevés pour « l’or noir » et le « combustible bleu », avec un impact négatif sur l’industrie et les économies des principaux pays de l’UE, dont beaucoup flirtent déjà avec la récession.
Ainsi, dans le contexte du conflit persistant au Moyen‑Orient, la paire EUR/GBP reste vulnérable à de nouvelles baisses. Toutefois, il est conseillé d’ouvrir des positions vendeuses après la cassure par les vendeurs du niveau de support de 0,8700 (la ligne Kijun-sen, qui coïncide avec la borne inférieure du nuage Kumo sur le graphique quotidien). La tentative d’aujourd’hui a échoué, en dépit d’un mouvement baissier impulsif. Les acheteurs d’EUR/GBP ont réussi à provoquer un rebond correctif, en défendant ce niveau. Mais si les vendeurs parviennent à enfoncer cet objectif, la prochaine cible du mouvement baissier sera la zone de 0,8640 (la borne inférieure des bandes de Bollinger sur W1).