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Les contrats à terme sur le gaz naturel TTF néerlandais pour avril 2026, un indicateur clé des prix du gaz en Europe, enregistrent une forte hausse par rapport à la clôture de vendredi. L’élément déclencheur de cette envolée est l’annonce de la suspension de toute la production de GNL par QatarEnergy à la suite d’une série d’attaques visant les installations de l’entreprise.
Selon les estimations d’Oilprice, le Qatar représente environ 20 % des exportations mondiales de GNL, et l’arrêt simultané des installations de Ras Laffan et Mesaieed constitue l’un des plus importants chocs d’offre depuis le début du conflit russo‑ukrainien en 2022. La déclaration de force majeure par QatarEnergy a accentué l’incertitude pour les acheteurs liés par des contrats de long terme, qui devront désormais probablement se tourner vers le marché au comptant.
L’aggravation des difficultés ne se limite pas au Qatar lui‑même : le trafic maritime dans le détroit d’Hormuz — une voie clé pour l’exportation de pétrole et de gaz en provenance du golfe Persique — est fortement perturbé en raison de tirs et de menaces en provenance d’Iran. Même en l’absence de dommages durables aux infrastructures, la réduction des flux alimente déjà la concurrence entre l’Europe et l’Asie pour des approvisionnements alternatifs en provenance des États‑Unis et de l’Australie. Le marché européen est particulièrement vulnérable, les stocks de gaz étant actuellement inférieurs à leurs niveaux de l’an dernier, ce qui rend la région plus sensible à des perturbations prolongées.
D’après les estimations de Bloomberg, les analystes de Goldman Sachs avertissent qu’une suspension d’un mois du transit via le détroit d’Hormuz pourrait doubler les prix du gaz en Europe par rapport à leurs niveaux d’avant l’escalade actuelle. « Si les perturbations se prolongent au‑delà de deux mois, les prix du gaz en Europe pourraient dépasser 100 € par MWh (environ 35 $ par million de BTU), entraînant un recul notable de la demande mondiale », soulignent les experts de la banque.
Sur le marché américain, la dynamique est plus contenue : les contrats à terme sur le Henry Hub progressent modérément, le marché intérieur étant moins dépendant des importations. Cependant, la hausse des prix en Europe et en Asie accroît la prime à l’exportation et réduit la flexibilité des achats internationaux, les usines américaines de GNL fonctionnant déjà à des niveaux de capacité élevés.
Au‑delà des fluctuations de prix à court terme, les événements actuels devraient modifier durablement la perception des risques géopolitiques sur le marché mondial du gaz. La dépendance accrue de l’Europe aux approvisionnements en GNL, après la réduction des importations russes, la rend plus sensible aux routes maritimes et aux conflits régionaux. Même si la production au Qatar reprend relativement vite, la concurrence accrue pourrait maintenir les prix des contrats à terme sur le gaz naturel TTF néerlandais à des niveaux élevés dans les semaines à venir.